béer

béer [ bee ] v. intr. <conjug. : 1>
baer 1121; lat. pop. °batare « bâiller »
1Rare Être grand ouvert. Qui bée. béant. « À ses pieds béait la valise bigarrée d'étiquettes multicolores » (Martin du Gard).
2Littér. Avoir la bouche ouverte en regardant qqch. ( bayer). Béer d'étonnement, d'admiration. Par ext. rêver; rêvasser.

béer verbe intransitif (latin populaire batare, bâiller) Littéraire Être grand ouvert : La porte béait. Être frappé par (un sentiment) : Béer d'admiration.

béer
v. intr.
d1./d Litt. être grand ouvert.
d2./d Litt. Avoir la bouche grande ouverte. Il en béait de surprise.

⇒BÉER, verbe intrans.
A.— [Le suj. désigne une chose] Être largement ouvert. Un tonneau dont la bonde vide bée dans l'ombre (HUYSMANS, L'Art mod., 1883, p. 165).
B.— [Le suj. désigne une pers.]
1. Absol. Regarder avec étonnement. J'ai trouvé la rue encombrée de peuple; les voisins béaient aux fenêtres (CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 4, 1848, p. 426).
2. Béer de + subst. Demeurer, bouche ouverte, sous l'effet d'un sentiment. Luce me regarde de loin et bée de surprise (COLETTE, Claudine à l'école, 1900, p. 230).
3. Vieilli. Béer + à ou après. Désirer avidement :
Montaigne dit que les hommes vont béant aux choses futures : J'ai la manie de béer aux choses passées.
CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 3, 1848, p. 311.
Rem. 1. Béer est une autre forme de bayer. 2. On rencontre dans la docum. le néol. béement, subst. masc. (GENEVOIX, La Boîte à pêche, 1926, p. 29). Le fait de béer, de s'ouvrir grandement. ,,Un froid mouillé touchait sa paume, le mince corps se tordait au béement de la gueule translucide, si fragile que l'hameçon dont elle était percée semblait un croc de bronze monstrueux`` (ID., ibid.).
Prononc. :[bee]. Étymol. et Hist. V. bayer. Fréq. abs. littér. :61.
BBG. — DAUZAT Ling. fr. 1946, p. 213.

béer [bee] v. intr.
ÉTYM. 1121, baer (→ Bayer); du lat. pop. batare « venir la bouche ouverte », attesté au sens de bâiller (VIIIe) → Bâiller; la forme bayer, plus usitée au XVIIe et au XVIIIe, a vieilli, alors que béer, usuel au XVIe, et repris par Chateaubriand, se trouve encore dans la langue littér.; le verbe est surtout employé à l'inf., au p. prés. et p. p. (bouche bée), ainsi qu'au prés. et à l'imp. de l'indic.
1 Rare ou littér. Être grand ouvert (choses). || Qui bée. → ci-dessous, Béant.
1 Tu ne verras béer les portes grandes
De la maison épouvantable à voir,
Si, (au)paravant tu n'as fait ton devoir.
Du Bellay, Énéide, 6.
2 Les portes de l'armoire à glace béaient sur un fouillis de lingeries et de chiffons.
Van der Meersch, l'Élu, p. 70.
3 À ses pieds béait la valise, bigarrée d'étiquettes multicolores.
Martin du Gard, les Thibault, t. IV, p. 262.
2 Littér. (Personnes). Avoir la bouche ouverte en regardant qqch. || Les badauds sont là à béer. Par ext. Rêver, rêvasser (cf. Bayer aux corneilles).
4 Je n'étais pas seul à béer; les femmes en faisaient autant à toutes les fenêtres de leurs maisons.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, IV, 3.
5 Là, je m'amusais à voir voler les pingouins et les mouettes, à béer aux lointains bleuâtres (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, I, 1.
6 (Durtal) béa, confondu, devant un spectacle dont il ne se doutait même pas.
Huysmans, En route, p. 230.
6.1 Cette banlieue n'est plus faite pour qu'on y aille béer et mourir dans un pavillon de meulière mais pour qu'on y dorme dans un building.
Jacques Laurent, les Bêtises, p. 364.
Béer de stupéfaction, d'étonnement, d'admiration… → ci-dessous, Être béant… || « Luce me regarde de loin et bée de surprise » (Colette, Claudine à l'école, 1900, in T. L. F.)
Vx. || Béer à ou après (qqch.) : se tourner vers (qqch.) dans un sentiment d'attente, de désir, de regret… Aspirer (après), soupirer (après). || Aller béant à, après quelque chose.
7 L'homme va béant après les choses futures.
Montaigne, Essais, III.
8 Montaigne dit que les hommes vont béant aux choses futures : j'ai la manie de béer aux choses passées.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, III, 11.
——————
béant, ante adj.
ÉTYM. (1552).
1 Grand ouvert, largement ou profondément ouvert. || Abîme, gouffre béant. || Plaie, blessure béante.
9 (…) elle avait au-dessus du sourcil droit une blessure béante qui lui labourait le crâne.
E. Fromentin, Une année dans le Sahel, p. 288.
2 Bouche béante (→ ci-dessous Bée). Rare. || Des yeux béants.(Personnes; animaux). Qui a bouche béante. || Être béant de curiosité, d'étonnement, de surprise, de stupeur, d'admiration…
10 Bouche béante (…) comme ravis en admiration (…)
d'Aubigné, Saucy, II, 3.
11 Ce n'est pas l'humble ver, les abeilles dorées,
La verte demoiselle aux ailes bigarrées,
Qu'attendent ses petits (de l'aigle), béants, de faim pressés (…)
Hugo, Odes, IV, 17.
12 Quand la carriole s'arrêtait dans quelque champ de foire, quand les commères accouraient béantes, quand les curieux faisaient cercle, Ursus pérorait, Homo approuvait.
Hugo, l'Homme qui rit, I, I, 1.
12.1 À ces mots, je ne pus maîtriser un léger cri de frayeur, et ma physionomie exprima un tel effarement, que Lenoir en resta bouche béante.
Villiers de L'Isle-Adam, Tribulat Bonhomet, p. 110.
13 (…) une lourde paysanne à genoux le regarde (le « Christ aux cent florins » de Rembrandt) avec les yeux fixes et béants de la foi profonde (…)
Taine, Philosophie de l'art, t. I, 228.
13.1 Béant, Pierre l'écoutait, comme si quelque engrenage le meurtrissait, le broyait sous cette conception formidable, où l'enfantillage le disputait au génie.
Zola, Paris, t. II, p. 255.
13.2 Sur ces étonnantes paroles, il sortit, laissant M. de Clergerie béant.
Bernanos, la Joie, Œ. roman., Pl., p. 710.
14 Je restais bouche béante, si profondément étonné que je ne savais plus que dire.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, II, XX.
15 Nous étions là, béants d'étonnement et de curiosité, peut-être un peu honteux de notre ignorance.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, V, VIII.
Fig., vieilli. Affamé, avide. || Un amour-propre béant (→ Amour-propre, cit. 11). Contr. : comblé, rassasié, satisfait.
——————
bée p. p. adj. fém.
Ne s'emploie plus que dans les expressions gueule bée (vieilli), bouche bée (cour.), la bouche ouverte d'admiration, d'étonnement, de stupeur. → ci-dessus Béant. || Il en est resté bouche bée.
16 Je restais là, bras ballants et bouche bée.
France, le Crime de S. Bonnard, II, 3.
17 Joanny resta bouche bée; il venait de lire dans les yeux de la jeune fille une pensée qui l'affola.
Valery Larbaud, Fermina Marquez, XIV, 151.
Techn. (Vieilli). || Des tonneaux, des futailles à gueule bée, ouverts par un de leurs fonds.
Loc. Être, rester bouche bée devant qqn, l'admirer sans réserve.
18 Il jouait aux affranchis, il était bouche bée devant Pitteaux (…)
Sartre, les Chemins de la liberté, t. II, p. 51.
N. f. Abée.
CONTR. (De bée) Fermé.
DÉR. Béance.
COMP. Abée, bégueule.
HOM. (De bée) B.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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